Cette année, nous avons pris l'habitude de déposer nos épluchures de légumes derrière la clôture. Nous le faisons à la tombée de la nuit, comme une offrande à la nature. Est-ce que c'est bien, est-ce que c'est mal ? Nous nous sommes, bien sûr, posés la question de notre impact potentiel sur l'environnment, de l'accumulation des déchets, de l'influence sur la faune et sur l'équilibre des choses, ainsi que sur l'exemple à ne peut-être pas donner. Tout ce que je peux dire, c'est que l'expérience ne durera pas, qu'il ne reste rien le lendemain matin et que nous ne montrons pas pour éviter que la faune nous associe à la présence de nourriture.
C'est un geste qui ressemble à celui que faisaient nos ancêtres pour s'attirer les bonnes grâces de forces qu'ils ne comprenaient pas. Mais, puisqu'à notre époque, la plupart des mystères ont été dissipés, notre objectif est plus prosaïque. Il s'agit tout simplement d'attirer des spécimens de la faune nocturne afin de savoir lesquels fréquentent le boisé du Tremblay pendant que nous dormons.
Nos rêves sont peuplés de polatouches, d'opossums, d'hermines, de martres et de coyotes (dans l'ordre de la chaine alimentaire). Inutile d'espérer le lynx, le puma, le loup ou le carcajou, ceux-là ont depuis longtemps déserté le boisé ou en ont été chassés. L'hermine, nous savons qu'elle existe; nous avons déjà croisé sa route dans notre jardin. Évidemment, nous aimerions la revoir, mais en attendant, nous devons nous contenter des premiers maillons de la chaîne que sont les cerfs de Virginie et les lapins à queue blanche, plus directement concernés par les légumes.

