Une nuit de février dans le boisé du Tremblay

Cette année, nous avons pris l'habitude de déposer nos épluchures de légumes derrière la clôture. Nous le faisons à la tombée de la nuit, comme une offrande à la nature. Est-ce que c'est bien, est-ce que c'est mal ? Nous nous sommes, bien sûr, posés la question de notre impact potentiel sur l'environnment, de l'accumulation des déchets, de l'influence sur la faune et sur l'équilibre des choses, ainsi que sur l'exemple à ne peut-être pas donner. Tout ce que je peux dire, c'est que l'expérience ne durera pas, qu'il ne reste rien le lendemain matin et que nous ne montrons pas pour éviter que la faune nous associe à la présence de nourriture.

C'est un geste qui ressemble à celui que faisaient nos ancêtres pour s'attirer les bonnes grâces de forces qu'ils ne comprenaient pas. Mais, puisqu'à notre époque, la plupart des mystères ont été dissipés, notre objectif est plus prosaïque. Il s'agit tout simplement d'attirer des spécimens de la faune nocturne afin de savoir lesquels fréquentent le boisé du Tremblay pendant que nous dormons. 

Nos rêves sont peuplés de polatouches, d'opossums, d'hermines, de martres et de coyotes (dans l'ordre de la chaine alimentaire). Inutile d'espérer le lynx, le puma, le loup ou le carcajou, ceux-là ont depuis longtemps déserté le boisé ou en ont été chassés. L'hermine, nous savons qu'elle existe; nous avons déjà croisé sa route dans notre jardin. Évidemment, nous aimerions la revoir, mais en attendant, nous devons nous contenter des premiers maillons de la chaîne que sont les cerfs de Virginie et les lapins à queue blanche, plus directement concernés par les légumes.

La biodiversité du Boisé du Tremblay

Voici le dernier chapitre de la mise à jour annuelle de la biodiversité du Boisé du Tremblay sous la forme du guide des plantes à fleurs du Boisé du Tremblay. Je précise qu'il ne regroupe que les herbacées, car les arbustes et les arbres qui ne sont pas des gymnospermes (les conifères, le ginkgo et quelques autres) sont également des plantes à fleurs. Ces derniers sont regroupés dans "Shrubs and Trees of Boisé du Tremblay".

Je me livre à cet exercice sans me faire trop d'illusion, mais avec un tout petit espoir quand même que le témoignage de la quantité et de la diversité de la vie réfugiée dans le boisé du Tremblay pourra éventuellement inciter un visiteur à adopter un comportement respectueux du lieu ou pourra orienter le choix d'un "décideur" dans la bonne direction, celle de la préservation du boisé. Après tout, on ne peut pas avoir envie de protéger ce que l'on ne connait pas.

Alors, sachez que nous en sommes à 1062 espèces répertoriées, dont 22 de champignons, 13 de mousses et de fougères, 246 de plantes herbacées à fleurs, 75 d'arbres et d'arbustes, 549 d'invertébrés, 11 de reptiles et d'amphibiens, 125 d'oiseaux et 21 de mammifères.

Et je ne compte que les espèces dont l'observation a reçu la mention "Recherche", c'est-à-dire validée par la commnauté des observateurs. Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été identifiées et  qui ne pourront peut-être pas l'être, car les critères qui le permettraient ne sont pas visibles sur les photos. Il y a aussi toutes les espèces qui n'ont pas encore été observées.  

Les bryophytes et les ptéridophytes du boisé du Tremblay


Les bryophytes et les ptéridophytes sont des végétaux anciens du point de vue évolutif. Ils ont formé la tête de pont qui a permis la colonisation du milieu terrestre. Évidemment, les espèces d'aujourd'hui ne sont pas celles qui ont participé à cette conquête. Elles en sont néanmoins les descendantes directes et ont gardé une biologie semblable à leurs ancêtres. En particulier, elles se reproduisent par spores et non par graines.

Les plantes qui se reproduisent par spores forment deux grands groupes: celui des bryophytes constitué principalement par les mousses et les hépatiques, et celui des ptéridophytes constitués des prêles, des lycopodes et des fougères. Les champignons et la plupart des algues se reproduisent également par spores, mais ne font par partie du règne végétal.

Au Boisé du Tremblay, on a recensé jusqu'à présent douze espèces de bryophytes et de ptéridophytes. Cette année, il en a été ajouté une, et pas n'importe laquelle. Il s'agit de la Botryche à feuille de matricaire (Botrychium matricariifolium). 

Pourquoi est-ce si intéressant ? Il faut savoir que les botryches sont les plus anciennes des fougères. Elles sont aussi difficiles à trouver, parce qu'elles sont plutôt rares, parce qu'elles sont généralement de petite taille et parce que leur nombre à un même endroit peut varier d'une année sur l'autre. En effet, si les conditions ne sont pas propices à leur émergence, elles restent en dormance sous terre.

Une des particularités des botryches est que leur germination et leur croissance à l'état adulte sont étroitement dépendantes de certains mycorhizes. Par conséquent, toute perturbation du sol peut leur être fatale. D'ailleurs, le genre est en déclin et beaucoup d'espèces sont protégées. Ce n'est pas le cas de notre Botryche à feuille de matricaire au Québec, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en prendre soin.